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accueil>Exposé : les Eglises protestantes et enseignement conférence CBCA

« Le Profil de l’enseignement protestant en R.D.Congo : vision d’hier, aujourd’hui et demain » , c’est sous ce titre que les organisateurs de ce colloque m’ont demandé d’intervenir. Avec une telle formulation de l’exposé, je m’imagine que leur curiosité a été de dire non seulement la contribution des églises protestantes de la R.D.Congo en matière éducative mais aussi d’exprimer toute la vision qui sous-tend l’engagement et les interventions des églises protestantes dans le secteur éducatif depuis leur genèse jusqu’à ce jour tout en faisant des projections sur l’avenir. La tâche est donc loin d’être facile et intègre à la fois des perspectives historiques et philosophiques mais ma communication s’articule autour de trois points suivants :

L’enseignement comme pilier au service de l’évangélisation des missions protestantes

Alors qu’ils venaient pour la plupart des pays où la séparation entre Eglise et Etat est nette, les missionnaires protestants ont depuis le début de leurs œuvres perçu les écoles comme un moyen privilégié pour évangéliser les Congolais et une voie stratégique pour réduire progressivement la résistance des Congolais. En effet, l’implantation des églises protestantes en R.D.Congo remonte à 1878. Mais leur engagement et interventions en matière d’enseignement et de formation tirent leurs origines dans la mission confiée à l’Eglise en général.

D’après l’ordre de Jésus Christ, en Matthieu 28 :19, tous les humains devraient être évangélisés et formés pour parvenir à la connaissance du Christ et de son œuvre. Or un tel ordre implique que l’Eglise lutte contre l’ignorance et l’obscurantisme pour faire de toutes les nations des véritables disciples du Christ. Les efforts des églises protestantes en R.D.Congo, comme d’ailleurs, se situent bel et bien dans ce cadre de l’ordre du Seigneur à ses disciples.

Ayant dit cela, la mission des églises protestantes en R.D.Congo et surtout leur engagement dans le domaine scolaire peut se situer dans le processus de mise en œuvre de l’ordre de Jésus Christ. Mais elle également en lien avec le mouvement de la réforme et le l’héritage du tout passé du protestantisme. Les réformateurs s’accordent presque tous sur le fait que les fidèles doivent être formés. La formation étant l’une des voies les mieux indiquées pour leur permettre de mieux lire la Bible, comprendre les enseignements de la foi chrétienne et contribuer au développement du monde, bien entendu les chrétiens étant la lumière du monde.

C’est ainsi que la formation des fidèles fut, pour les formateurs, un moyen, une pratique voire une nécessité pour la mise en œuvre de leur principe de Sola Scriptura (Seules les Ecritures). En effet, en 1530 au cours d’une prédication Martin Luther élabore une recommandation importante aux termes de laquelle il oblige les parents d’envoyer leurs enfants à l’école . Pour lui, la formation d’une élite semble aussi bien importante qu’une formation solide de base ; mais on sait qu’il a toujours insisté dans sa vie sur l’opportunité de créer dans chaque ville ou village une école pour les garçons et une autre pour les filles .

Revenons en terre congolaise pour dire que l’école de type occidental fait son apparition en 1878 à Palabala, à quelques kilomètre de Matadi avec l’arrivée des premiers missionnaires protestants en R.D.Congo : Henri Craven de la Livingston Irland Mission et George Grenffell de Baptist Mission Society s’intéressèrent non seulement à l’évangélisation ou l’implantation des postes missionnaires mais aussi à la formation des Congolais.

Mais on sait qu’à leurs débuts, les nouvelles écoles n’avaient pas suscité une adhésion massive comme c’est le cas aujourd’hui. Les écoles étaient implantées par des étrangers – d’ailleurs appelées des « écoles des Blancs » – et pendant des très longues années les populations congolaises furent très méfiantes vis-à-vis des écoles venues de l’Occident. Donc, pour ramener des enfants à l’école et les y maintenir il a fallu déployer des efforts considérables. On sait que pour la scolarisation des jeunes filles ou des garçons-héritiers de la tradition, la tâche était encore très difficile. Dans certains cas, certains enfants n’ont fait que des apparitions éphémères à l’école ou carrément il fallait faire l’usage des forces pour convaincre les parents et les enfants à accepter la scolarisation de type occidental de la jeunesse.

Outre la réticence des Congolais, les nouvelles écoles étaient exposées à des difficultés diverses liées au manque des manuels scolaires, des infrastructures, du personnel enseignant, des langues d’enseignement, etc.

Dans un pays presque sans route, les missionnaires et leurs auxiliaires ne pouvaient se déplacer qu’à pieds ou alors sur des « tipoy » . C’est pourquoi, à l’origine, des petites écoles se forment autour des stations missionnaires et les premiers élèves furent en majorité recrutés parmi les domestiques des missionnaires à cause de la résistance de certains parents. Ces écoles qui commencent dans des maisons des missionnaires vont à certains endroits s’organiser sous de grands arbres, faute d’infrastructures d’accueil, et plus tard dans des chapelles.

Ce sont les « chapelles-écoles » évoluant sous la responsabilité d’un enseignant-catéchiste et qui offraient un enseignement utilitaire : apprendre à lire, à avoir les bonnes manières (la morale et le savoir vivre) et à faire les métiers ; l’enseignement religieux était au centre de ce système scolaire.

Les écoles paraissaient pour les missionnaires protestants, appartenant d’ailleurs à d’autres nationalités que la belge, l’endroit propice et stratégique pour évangéliser les Congolais. Déjà en 1902 une première conférence générale des œuvres missionnaires protestantes s’était tenue à Kinshasa et la question scolaire fut abordée sans complaisance . Très tôt, les missionnaires protestants sont parvenus à développer un réseau d’écoles primaires, bibliques et des métiers, en l’occurrence pour former des infirmiers.

En guise d’exemple, on peux citer parmi ces écoles le Kongo Evangelical Training Insitute en 1908 qui deviendra l’EPI Kimpese, l’école de formation de Mutoto en 1912, l’école des Pasteurs de Kinkozi en 1912, l’école supérieure de Wembo-Nyama en 1912, l’école supérieure de Adia en 1915, l’Institut Springer de Kanene en 1922 qui sera transférer à Mulungwishi, l’Institut Chrérien de Bolenge en 1928,

Quoi qu’il en soit, les missions protestantes comprirent que sans les subsides gouvernementaux elles ne pouvaient pas développer l’enseignement au rythme de l’évolution du pays ni faire face à la concurrence des missions catholiques, alors privilégiées par l’Etat Indépendant du Congo par l’octroi généralisé des subsides dès 1925-1926 . Les Protestants mirent tout en œuvre pour répondre aux conditions imposées par l’Etat en vue d’obtenir les subsides et en 1928 le comité d’enseignement institué au sein du Conseil mit au point un programme approprié.

Politiquement, il en va sans dire que le gouvernement colonial du Congo belge était en train d’accorder des faveurs à l’enseignement catholique, comme pour former une classe des privilégiés, alors que les Protestants Congolais formaient un groupe de ceux qui ne pouvaient pas participer à la vie publique. La méfiance que l’on observe dans certains milieux protestants vis-à-vis de l’engagement des églises en politique porte peut-être inconsciemment des empreintes de cet héritage frustrant.

Heureusement, du côté protestant, les choses vont changer progressivement par la suite. Tout d’abord en 1946 la longue lutte des missions protestantes trouve une issue positive lorsque le ministre belge de Colonies, le libéral Robert Godding, informe le secrétaire Général du Conseil protestant du Congo du nouveau statut des missions chrétiennes dont allaient jouir également les Protestants .

Pour les missions protestantes la politique d’égalité entre les missions chrétiennes devait comprendre la reconnaissance de toutes les écoles, les hôpitaux et d’autres institutions d’utilité publique qui répondent aux conditions acceptables ainsi que leur accès aux subsides de l’Etat, indépendamment de la confession ou de la nationalité du personnel qui y preste ; la reconnaissance des certificats et diplômes délivrés sans distinction des confessions religieuses ; l’accès aux emplois publics pour tous les diplômés et certifiés sortis de ces écoles ; et enfin la cessation de toute influence exercée par les agents de l’Etat pour inciter certaines personnes à fréquenter telle école ou tel hôpital au détriment de tel autre en raison de la confession de ces institutions .

Puis durant la période 1947-1948, quelques écoles protestantes remplissant les conditions fixées par l’autorité coloniale enregistrent des progrès considérables et obtiennent des subsides de l’Etat colonial. En 1949 les missions protestantes qui ne comptaient encore que 364 écoles subsidiées avec 23.969 élèves se virent avec 879 écoles subsidiées en 1953 avec 66.655 élèves et 1046 écoles en 1958 avec 126.525 élèves .

Du point de vue de l’histoire des écoles en R.D.Congo, les écoles protestantes ainsi organisées avaient précédé des actions et initiatives semblables de la part de l’Etat dont les premières écoles n’apparaitront que quelques années plus tard sous l’éducation officielle de l’Etat Indépendant du Congo ; de même les écoles protestantes ont fait leur apparition avant les écoles des autres missions chrétiennes, même si les missions catholiques bénéficieront plus tard d’avantages sans égal avec d’autres en matière éducative depuis 1906 .

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