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accueil>Exposé : Le rôle et les défis des églises protestantes dans le développement d’un pays : cas de la région des Grands Lacs

En Afrique en général, la question du rôle de l’Eglise dans le développement d’un pays est un sujet courant et facile à comprendre. Par contre actuellement en occident, le développement économique relève de la responsabilité des seuls pouvoirs publics. Cependant au Moyen Age avec le développement des monastères, celles-ci initiaient aussi des activités de développement. Il est par exemple rapporté que l’église du Moyen Age faisait des transactions financières avec des banquiers. Aussi, bien que l’Eglise d’avant la réforme se préoccupait des questions économiques, il est généralement admis que le développement du système capitaliste puise ses origines dans la Réforme.

En effet d’une manière générale, le développement d’un pays exige des moyens énormes dont l’Eglise où les églises mises ensemble ne peuvent pas trouver. Par contre un état est capable de développer un pays car il est le gestionnaire des ressources nationales et le garant de la coopération avec les autres états ou nations.

Dans le cas d’espèce de la région des Grands Lacs, les églises se sont vues engagées dans le processus de développement de leurs pays respectifs suite à deux faits essentiels : L’action missionnaire a trouvé que les activités de développement constituaient un moyen important pour gagner les populations locales pauvres à la foi chrétienne. Ensuite, la faiblesse de l’engagement de l’état dans les domaines économique et sociale a poussé les églises à se substituer en acteurs de développement. Ainsi par exemple ici au Congo, plus de 80% des écoles et des formations médicales sont gérées par les églises. Aussi les églises initient des projets de développement en faveur des populations à la base. Etant donné que les églises sont présentes partout où les populations se trouvent, elles se sentent interpellées à subvenir non seulement à leurs besoins spirituel mais aussi physiques.

A cause de cette proximité de la population avec l’Eglise ou même de cet ensemble « Eglise et population » , il devient inévitable que l’Eglise joue un rôle prépondérant dans le développement des pays de la région des Grands Lacs. Au Congo par exemple, à l’époque de Mobutu les églises avaient été expropriées de leurs écoles, mais quelques années seulement après, l’Etat congolais les avait restituées aux églises dans un état moral et physique en délabrement. Actuellement, suite à une convention avec l’Etat congolais, l’Eglise du Christ au Congo, à travers ses communautés membres, gère presque deux tiers des écoles maternelles, primaires et secondaires.

Rien que dans la province du Nord-Kivu on compte plus de 1400 écoles dont 500 dans la ville de Goma. Pour ce qui concerne la CBCA, en plus des écoles, elle détient le un tiers de toutes les formations médicales de la province du Nord-Kivu, soit 155 formations médicales. Elle avait aussi initié l’Université des pays des Grands qui est actuellement portées par cinq communautés. En plus, la CBCA gère un institut supérieur technique et organise des centres de formation professionnelle ainsi que des centres agricoles. En vue de lutter contre la pauvreté, la Communauté organise des initiatives locales de développement (ILD) parmi lesquels de petites coopératives agricoles et des coopératives d’épargne et de crédits. D’autres communautés du Congo et même les églises d’autres pays d’Afrique font de même, bien qu’à des degrés différents. Ceci constitue un apport important des églises au processus de développement de nos pays respectifs.

Au début des années quatre vingt dix, presque aucune des églises de la région des Grands lacs ne considérait la paix comme un ingrédient essentiel de développement. Ainsi les églises étaient totalement absentes dans le domaine de prévention des conflits. Avec les guerres qui ont sévi dans la région avec ses conséquences incalculables sur le plan humain et économique, les églises sont arrivées à l’évidence que la paix est le socle du développement. L’adage « qui veut la paix prépare la guerre » s’est avéré plutôt un concept mortel. A la place, la portée de l’enseignement du prophète Jérémie a été redécouverte.

En effet, quand le peuple de Dieu était en esclavage en Babylone et s’attendait à une libération imminente par la force, le prophète Jérémie avait plutôt conseillé à ses compatriotes de travailler pour la paix du pays où ils étaient captifs, car, disait-il, « de sa paix dépend votre propre paix » (Jérémie 29 :7). Ce nouveau paradigme de paix du prophète Jérémie indique bien que la paix ne se recouvre pas par la guerre, mais plutôt par la paix avec l’ennemie. Ainsi pour lui : qui veut sa propre paix prépare la paix avec l’autre. C’est pourquoi il recommande à ses compatriotes de travailler pour la paix de leurs ennemies, les babyloniens. En effet il s’avère que la paix gagnée par le moyen de la guerre produit plutôt la peur de la vengeance du vaincu. Or on se rend compte que c’est souvent la peur de l’autre qui conduit à déclarer la guerre contre lui.

Conscients de l’importance de ce paradigme de Jérémie certaines églises de la région des Grands Lacs s’engagent actuellement dans des actions de paix, de prévention et transformation des conflits et de réconciliation. A titre d’exemple, l’Eglise presbytérienne du Rwanda, quatre diocèses de l’Eglise anglicane du Rwanda et la Communauté baptiste au Centre de l’Afrique à Goma, ont lancé un programme appelé « Actions pour la promotion de la paix, la réconciliation et le développement dans la Sous-région des Grands Lacs » en sigle APRED. La mission d’APRED est la promotion de la culture de la paix, promouvoir la cohabitation pacifique, renforcer la cohésion social au niveau local et transfrontalier et la lutte contre la pauvreté.

Dans le cadre de ce programme, des visites réciproques des pasteurs, des femmes et des jeunes du Rwanda et du Congo sont organisées et ont réduit sensiblement les préjugés que les uns avaient envers les autres. Récemment le programme d’APED a été étendu sur le Burundi et des pourparlers sont en cours pour associer certaines églises de la Tanzanie au travail d’APRED, surtout dans le domaine de lobby. Cependant les initiatives des églises sont confrontées à un défi majeur : Premièrement les églises ne sont pas encore suffisamment outillées dans les questions relatives à la paix. Deuxièmement, les églises ne disposent pas encore d’une expertise adéquate dans le domaine de lobby ou plaidoirie.

Troisièmement, ne disposant pas d’une plateforme formelle de concertation, les églises restent vulnérables vis-à-vis des pouvoirs politiques qui sont enclins à anéantir toute action contraire à leur agenda politique. Tout en comptant sur la solidarité et l’appui de nos partenaires, nous les responsables d’églises devons faire de grands efforts pour rester solidaires entre nous et nous constituer en une voix qui parle pour le compte des populations avec lesquelles nous faisons un ensemble. Si nous ne prenons pas courage, non seulement nous faillirons comme par le passé à notre rôle prophétique, mais nous ou encore nos enfants ne serons pas à l’abri des conséquences de nouveaux crises politiques qui surgiraient dans notre région.

L’éducation est un autre défi que les églises doivent lever en vue de maximiser leur apport au processus de développement dans la région. Etant donné que les églises sont fortement engagées dans le domaine de l’enseignement, elles devraient profiter de cette opportunité sans égal pour transformer l’éducation de jeunes générations. Nous devons débarrasser notre enseignement de son approche paternaliste et promouvoir la culture de la démocratie qui favorise l’esprit critique et la créativité.

Nos enfants qui seront éduqués dans une telle culture aideront aussi les parents à apprendre. Je suis en effet convaincu qu’un enfant qui a appris à se faire un jugement critique sera capable d’embarrasser positivement son parent en disant : papa ou maman, ce que vous dites n’est pas vrai ou n’est pas bon. Une telle éducation permettrait aussi à nos populations d’éviter les préjugés qui sont à la base des discriminations, source de conflits et de mettre à profit les diversités des valeurs de nos sociétés.

Un autre défit à relever est la gestion des affaires ou encore la bonne gouvernance. Quand la mauvaise gestion est tolérée dans un état, elle se transforme en une culture ou en un mode de vie qui finit par affecter tous les autres secteurs de la vie nationale, y compris même les églises. Par exemple, les congolais ne cessent de dénoncer la pratique de la corruption et la mauvaise gestion dans les institutions publiques. Mais à voir de près, la gestion qui se pratique dans les organisations privées, la société civile et même dans certaines églises n’est pas tout à fait différente de celle pratiquée dans le secteur public. On a l’impression qu’il s’agit là d’une culture de société.

Dans ces circonstances, les églises devraient se ressaisir et se rappeler leur vocation d’être un modèle pour la société. Par là je ne veux pas du tout parler de prime abord de perfection, car je suis conscient que les églises peuvent ne pas avoir l’expertise voulue pour atteindre cette perfection. J’aimerais tout simplement m’inspirer de l’adage selon laquelle, c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Des petites réformes dans la conduite des affaires au sein de nos églises pourront déclencher des changements importants dans no églises et dans nos sociétés.

A la notion de gestion est liée aussi celle de leadership. Une bonne gestion ou une bonne gouvernance exige un bon leadership. En effet on se rend compte que le gros des reproches des réformateurs n’était pas essentiellement focalisé sur l’enseignement de l’Eglise comme tel, mais plutôt sur les pratiques non conformes aux écritures saintes au sein de la hiérarchie de l’Eglise qui interprétait les écritures pour le besoin de la cause.

C’était donc la qualité de leur leadership qui était premièrement mise en question. Sur base de cette expérience de la réforme et de notre propre expérience dans nos églises et dans notre société, nous sommes appelés à développer une nouvelle forme de leadership qui influence d’autres à devenir plus capables à remplir leurs tâche d’une manière plus efficient. Si les églises réussissent à se doter d’un tel leadership, alors elles seront capables de contribuer à la promotion de la bonne gouvernance dans les institutions de nos pays respectifs et par voie de conséquence, elles auront contribué efficacement au développement de nos pays.

En conclusion, il est encore trop tôt pour s’attendre à ce que les états de la région des Grands Lacs puissent impulser seuls le développement attendu sans l’apport des églises. En dépit de leur propre faiblesse et des limites de leurs ressources, les églises ont encore un grand rôle à jouer. Mais aussi, tout en évitant le danger de devenir des caisses de résonnance des gouvernants, elles devraient interpeller ces derniers à prévoir dans les budgets d’état des subventions devant leur permettre de mieux se mettre au service des populations nécessiteuses.

Dans leur livre intitulé, « La force des petites choses » Thaler et Koval écrivent notamment ce qui suit : « Nous devons tout simplement avoir la volonté de faire un tout petit pas en avant, monter un tout petit peu plus haut, jour par jour » . Ils ajoutent que les petites actions et les gestes ont souvent un impact sur nos plus grands objectifs. Ainsi, même avec leurs moyens modestes mais utilisés rationnellement et avec discipline, les églises deviendront capables de répondre aux attentes de la paix et du bien-être des populations des pays des Grands Lacs, concrétisant ainsi les paroles de Jésus que la foi déplace les montagnes.

Rév Dr Kakule Molo
Président et Représentant légal de la CBCA
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