Milonic DHTML/JavaScript Menu Sample Page DHTML JavaScript Menu By Milonic
Centre de formation
Cantine scolaire
Nos Programmes sont réalisés avec l'appui de :
accueil>Exposé : La réforme de Martin Luther et son héritage en Afrique centrale. Cas des églises protestantes de l’Est de la R.D.Congo

Rév. Dr Samuel Ngayihembako Mutahinga

1. Introduction

Mon propos n’est pas de décrire de manière générale l’héritage de la réforme de Martin Luther, mais de dire ce qui nous est parvenu dans notre milieu d’Afrique centrale comme héritage venant de ce réformateur de l’Église.

L’Afrique centrale m’intéresse comme milieu dans lequel le christianisme reste la re-ligion prédominante. Elle est à ce point un bastion du christianisme. Un bastion qui du reste devient de plus en plus fragile, menacé de l’extérieur par l’avancée de l’Islam et de l’intérieur par la naissance vertigineuse de multiples sectes ou mouvements religieux qui, par leur superficialité, trahissent la pertinence du protestantisme.

Car toutes ces sectes sont généralement attribuées à une même souche : le protestantisme issu de la réforme de Martin Luther. Qu’y a-t-il de luthérien dans ces églises protestantes d’Afrique centrale. Cependant, l’Afrique centrale, en tant qu’ère géographique, reste trop vaste si l’on veut indiquer de façon précise les facettes d’un héritage.

En effet, au-delà des ressem-blances entre les peuples, il y a néanmoins des différences liées aux distances qui sont, non seulement géographiques, mais aussi historiques, linguistiques et culturelles. Pour ce faire, j’ai choisi, le protestantisme de l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) afin d’épingler ce que l’on pourrait considérer comme héritage de la réforme de Luther. J’estime que le fait de bien connaître les tenants et les aboutissants de ce que l’on confesse et réalise, c’est-à-dire de connaître le fondement de sa mission, sa nature et ses objectifs, permet alors d’agir en bon escient.

2. Quelques repères historiques et grands traits de la Réforme de Martin Lu-ther

Sans entrer dans une description de la réforme, je me contenterai d’évoquer quelques faits marquants qui permettent de rappeler la réforme de Martin Luther et l’essentiel de son enseignement. Pour ce faire je parle du contexte de la Réforme au 16ème siècle en indiquant surtout ce qui se rapproche de notre contexte actuel de l’Est de la RDC et ensuite je cite quelques principes doctrinaux dont nous pouvons vérifier les survivances dans l’enseignement de nos églises dites protestantes.

a. Martin Luther dans son contexte

Martin Luther est né le 10 novembre 1483 (1482 ? ou 1484) à Eisleben, à l’époque de ce qu’on appelait le « Saint Empire romain de nation allemande », dont les limites dépassaient celles de l’Allemagne moderne. L’Empereur qui régnait à l’époque de la réforme de Luther, c’était Charles Quint. Né d’une famille paysanne, Luther a grandi dans un contexte économique et sociopolitique caractérisé par de tensions dues aux mu-tations économiques et sociales, les corvées, les redevances en natures, la restriction des droits parmi la masse paysanne et des tourments tels que ceux causés par la maladie de la peste. Luther, lui-même, l’a vue de très près : il dit qu’il l’a eu trois fois dans sa mai-son. En effet, dans une lettre adressée le 7 novembre 1527 à son ami Dr Nicolas Haus-mann, il dit :

« Ici, nous espérons que la peste va finir, quoiqu’elle nous tourmente de façons variées : tantôt elle sévit, tantôt elle s’adoucit. Nous sommes en proie à des craintes diverses ; je suis tourmenté par mes tentations, et je suis en souci pour ma femme qui va bientôt accoucher. Toi, prie pour nous. J’ai eu trois fois la peste dans ma maison. Mon petit garçon a été pendant plus de huit jours si malade, qu’il ne pouvait rien manger et devait être alimenté uniquement par des liquides, et que déjà je désespérais ; mais maintenant il commence à aller mieux… »

.

Dans le même contexte, le domaine de l’Eglise n’était pas épargné. La piété popu-laire et la théologie héritée du Moyen âge se rabaissent de plus en plus dans le culte de la vierge avec la pratique du rosaire et le culte des saints chez qui le peuple cherche des appuis et dont les reliques sont considérées comme des dépôts de la grâce divine. Ce qui entraine vers une chosification de la religion, car la grâce est considérée comme liée aux objets.

Il faut également noter les abus du pouvoir des ecclésiastiques qui, profitant de cette ferveur religieuse, se livrent à un trafic financier ayant comme point d’aboutissement, la papauté de Rome, et dont le comble fut la vente des indulgences comme moyen de re-cevoir la grâce de la remise de peine après un péché commis. Il faut également noter dans cette ambiance religieuse le mode de vie de plus en plus dissolue de certains clercs. Bref, beaucoup des membres de l’Eglise attendaient que celle-ci soit purifiée et que l’empire soit renouvelé.

La réformation attendue n’était donc pas seulement religieuse, mais aussi sociopoli-tique . C’est dans ce contexte social peu prospère et dans une vie religieuse en proie aux déviations que le moine Martin Luther quitte le couvent et devient le théologien du peuple. La réforme proprement dite sera enclenchée le 31 octobre 1517 par la publication des 95 thèses dressées par Luther contre la pratique des indulgences et par le fait même contre la théologie du Moyen Age qui était influencée par la philosophie inspirée de la pensée d’Aristote.

b. De l’enseignement réformateur de Martin Luther

Je ne peux prétendre résumer en quelques lignes l’essentiel de l’enseignement de Martin Luther. Je voudrais simplement épingler quelques grands principes qui me per-mettront de montrer le parallélisme qui peut être établi avec des éléments de l’enseignement doctrinal et de la pratique pastorale de nos communautés protestantes de l’Est de la RDC et ainsi déceler ce que je crois être l’héritage de la réforme ici chez-nous.

i. La primauté de la Bible : « Sola Scriptura »

Le premier élément de doctrine concerne, à mon sens, la primauté que Luther ac-corde à la Bible, Ecriture Sainte, norme de foi et de conduite. Influencé à la fois par les humanistes qui prônaient le retour aux sources et par la pensée d’un certain Guillaume d’Occam, dite ainsi « Occamisme », qui revendiquait la séparation de la théologie d’avec la philosophie , Luther s’évertue contre la philosophie en faveur de la Bible. Dans un cours sur l’Epître aux Romains, il aurait en ce sens affirmé :

Pour moi, l’obéissance que je crois devoir au Seigneur me pousse à aboyer contre la philosophie et à exhorter à l’Ecriture Sainte.

C’est au nom de la même conviction de ne devoir se soumettre qu’à la Bible comme autorité normative en matière de foi et de conduite qu’il refuse devant la Diète de Worms, le 18 avril 1921 de rétracter ses œuvres et ses thèses. Je cite sa déclaration his-torique devant l’empereur dans une version de Gabriel Mützenberg :

Parce qu’on me demande une simple…j’en donnerai une qui n’a ni cornes ni dents. Si l’on ne me convainc pas par le témoignage de l’Ecriture ou par des raisons décisives, je ne puis me rétracter. Car je ne crois ni à l’infaillibilité du pape ni à celle des conciles, parce qu’il est manifeste qu’ils se sont souvent trompés et contredits. J’ai été vaincu par les arguments bibliques que j’ai cités, et ma conscience est liée à la Parole de Dieu. Je ne puis et ne veux rien révo-quer, car il est dangereux et il n’est pas droit d’agir contre sa conscience. Que Dieu me soit en aide !

C’est en ces mots, pourrait-on dire, que Luther prouve l’importance qu’il accorde à la Parole de Dieu devant le peuple allemand auquel il a ainsi remis la Bible. A ce principe de la « sola Scriptura » seront liés deux autres, à savoir celui de la nécessité de l’éclairage du Saint Esprit pour l’interprétation de la Bible et la prédication de la Parole de Dieu et celui du sacerdoce universel.

Luther soulignera l’œuvre du Saint-Esprit, non seulement dans l’interprétation de la Parole écrite de Dieu, mais aussi dans l’œuvre de la proclamation de cette parole. Il di-sait : « Natura verbi est audiri » , c’est – à – dire : « l’essence de la Parole est d’être en-tendue » ou encore et plus explicitement : la naissance de la parole, la vie de la parole, l’histoire de la parole, l’avènement de la parole est d’être entendue . C’est là, la devise qui animera Luther et ses amis dans l’œuvre de la prédication qui caractérisera le mou-vement protestant. Pour la réalisation de cette œuvre, l’homme a besoin du concours du Saint-Esprit.

PDF - 80.6 ko
La réforme de Martin Luther et son héritage en Afrique centrale. Cas des églises protestantes de l’Est de la R.D.Congo
| | Accueil | ©Communauté Baptiste au Centre de l'Afrique - Coordination Communautaire des Ecoles Conventionnées Protestantes ® 2010